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Histoire et paysages

Situé entre le Canal de Chelles et une boucle formée par la Marne, ce nouvel aménagement offre un lieu propice à la biodiversité des zones humides et des friches, milieux devenus rares en Seine-Saint-Denis. Son aménagement prend en compte le patrimoine archéologique du site et le valorise à travers l’implantation d’un archéosite.

 Des terrains encore cultivés récemment

Avant d’être acquis par le Département de la Seine-Saint-Denis en 1983, les 65 hectares de terrains de la Haute-Ile appartenaient aux Hôpitaux psychiatriques de Ville-Evrard et étaient cultivés.

L’ensemble des Hôpitaux psychiatriques de Ville-Evrard fut fondé en 1868. Il a été construit sur un ancien domaine de plus de 280 hectares qui comprenait un château et ses communs, une ferme et ses dépendances implantés au sein d’un vaste parc. Au premier asile, conçu par l’architecte Paul Eugène Lequeux s’ajouteront de nombreux bâtiments pour former un ensemble architectural et paysager remarquable, inscrit à l’Inventaire des Monuments historiques depuis 1976.

Le site actuel du parc se situe dans le dernièr méandre non-urbanisé de la Marne. Cultivé autrefois par la ferme de l’hôpital, le terrain fut encore exploité jusqu’au début des années 1980. Laissé ensuite à l’abandon, il évolue vers une friche arbustive.

Au début des années 1990, le Département envisage l’installation d’un réservoir d’eau potable et l’exploitation d’une gravière. Un premier programme adopté en 1998 comprenant l’aménagement d’une base de loisir avec un plan d’eau a été fortement décrié par la population locale.

La réalisation d’études préliminaires archéologiques et naturalistes révèlent alors un potentiel patrimonial historique et naturel fort.
Tout d’abord, les fouilles préventives mettant à jour les anciens chenaux de la Marne et font état de la probable richesse archéologique d’un site en fond de vallée fluviale dont les activités agricoles légères ont épargnées les sols.
Ensuite les études naturalistes inventorient des espèces faunistique et floristique rares, menacées par la fermeture des milieux.

Un deuxième projet dessiné par l’agence Signes constitué des paysagistes associés Alain Provost et Alain Cousseran, avec une très large concertation de la population a permis la création de ce nouveau parc maintenant défendu par tous.

 Un projet d’aménagement co-élaboré

Au fil des années, la mise en place d’une concertation avec les élus locaux, les associations, les habitants et les collégiens du secteur a permi d’élaborer, du cahier des charges à la réception du chantier, un projet partagé et cohérent répondant aux besoins de tous.

Le projet de l’agence Signes conduit à la réhabilitation et la mise en valeur des paysages de la zone humide de la Haute Ile, en s’appuyant sur le principal atout du site, la présence de l’eau, les contraintes dues à son inondabilité, ainsi que celles du classement du terrain en ZNIEFF (Zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique).

Basé sur les trois piliers qui sont le pilier social, le pilier historique et le pilier naturel, le projet va ensuite s’adapter, au fil des années, aux attentes et inquiétudes de la population (rejets d’eau dans la Marne), aux protocoles et découvertes scientifiques archéologiques (fouilles programmées, présence d’un archéologue), aux contraintes et traversées de la friche).

La Direction de la Nature des Paysages et de la Biodiversité du Conseil général s’attache aussi la collaboration du Muséum national d’histoire naturelle et de deux grandes associations : la Ligue pour la Protection des Oiseaux et le Centre Ornithologique d’Ile-de-France.
Une démarche de concertation approfondie est lancée en 2001 à travers des ateliers rassemblant tous les publics. L’agence Signes proposera une nouvelle esquisse paysagère qui sera adoptée définitivement. La démarche de Conseil des Usagers, se poursuivra encore pendant toute la durée des travaux et continuera à être régulièrement réunie selon l’actualité du parc.

 Le retour des zones humides

L’aménagement du parc de la Haute-Ile restitue les zones humides en suivant le tracé des paléo-chenaux de la Marne redécouverts par les fouilles préventives et maintient la friche arbustive centrale en milieu ouvert. Il propose ainsi une mosaïque de milieux propices à l’installation d’une faune et flore riche et diversifiée.

Le parc présente plusieurs ensembles paysagers et leurs écosystèmes :

- La friche centrale, située sur l’île qui demeure exondée en période de forte crue (d’où le nom de « Haute-Ile »), milieux prairial arbustif et ouvert, bénéficie d’une gestion par pâturage pour contrer l’évolution naturelle de fermeture des milieux et permettre l’accessibilité des usagers.
Elle se trouve entourée par trois chenaux creusés en place même des anciens chenaux de la Marne détectée grâce aux études archéologiques. Ces chenaux constituent les principaux milieux humides du site auxquels se joignent un bassin et fossé de décantation permettant l’alimentation en haut d’une prairie humide destinée à servir de frayère à brochets temporaire.

- Les boisements les plus âgés sont ceux de la ripisylve le long de la Marne et l’alignement de peupliers le long du canal de Chelles. Les boisements les plus jeunes étaient déjà existants sur le parc avant son aménagement, ils proviennent de l’évolution naturelle de la friche qui n’a pas été régulée.

- La plaine de jeux est un ensemble aménagé à destination du public. Consituée d’une aire de pique-nique enherbée et d’une grande aire de jeux cachée au sein du boisement et l’archéosite.

Un soin particulier a été porté dans le choix des différents types de revêtements de sol. Chaque surface est adaptée à la sophistication de la zone concernée et induit les comportements d’usagers. Dans les zones les plus aménagées, les surfaces sont très roulantes et donc plus que dans les zones fragiles qui elles sont traitées de manière beaucoup plus rustique. Il a également fallu penser à l’inondabilité des aménagements en choisissant des matériaux simples et rustiques.

 Trois années de travaux

Les travaux débutent en 2005 et durent 3 ans. 350 000 m3 de déblais seront extraits du creusement des chenaux. Très rapidement la flore et la faune typiques des milieux naturels aménagés se réapproprient les lieux.

Les principaux travaux d’aménagement du parc concernent le creusement des chenaux, naturellement alimentés en eau par la nappe phréatique de Gagny qui se déverse dans la Marne. En 2002 et 2003, six trous ont été creusés afin de mesurer la côte basse de la nappe phréatique qui se situe à moins à 5 m par rapport au niveau du sol. Cette mesure permettra de déterminer la profondeur de terrassement des chenaux à moins 6 m avec l’aménagement de zones refuges pour les poissons à moins 7 m.

En tout, 350 000 m3 de déblais de granulométrie trop disparate doivent être évacués, le Plan de Prévention des Inondations ne permettant pas la création de volume en zone inondable. Afin d’éviter une évacuation des déblais par camions qui aurait durée 5 ans sur une route nationale déjà très fréquentée, un embarcadère pour péniche est aménagé sur le canal de Chelles depuis le parc. Ce sont finalement 7 à 8 péniches par jours qui évacueront les déblais pendant 2 années. Sans la présence du canal, un tel parti d’aménagement n’aurait raisonnablement pas pu être réalisé.

La terre végétale sera conservée sur le site, les limons serviront à profiler les chenaux et diminuer leur perméabilité, le tout-venant restant sera évacué, une partie étant utilisée pour le fond-de-forme des allées.

Le maximum d’arbres et d’arbustes est conservé sur le site. Les plantations concerneront principalement les berges des chenaux avec une palette végétale typique des milieux humides de la région. Au niveau de la strate herbacée, les talus des chenaux seront mécaniquement ensemencés avec une palette locale de manière à contrer les anti-germinatifs issus de l’agriculture ayant encore un impact sur la faible représentation de graminées.

 Un aménagement évolutif

La présence en permanence d’un archéologue du Département pendant les travaux et le suivi des partenaires naturalistes ont permis d’adapter et de modifier le projet en fonction des découvertes et des observations.

Lors du creusement du chenal nord, l’intervention de l’archéologue a fait stopper les travaux sur cette zone lors de la découverte d’un empierrement. Cet empierrement s’est révélé être un passage à gué qui permettait très certainement aux habitants de l’époque gallo-romaine d’amener paître le bétail sur la Haute-Ile. La forme du chenal ainsi que le tracé de l’allée et du fossé de décantation le longeant ont été modifiés pour conserver ce vestige.

D’autre part, la présence du Hibou des marais, espèce rare en halte migratoire en Seine-Saint-Denis sur le parc, a nécessité l’arrêt des travaux de terrassement dans le secteur.
La présence de l’Epervier d’Europe en nidification dans le jeune boisement du site a conduit les aménageurs à limiter la taille de la zone de pique-nique gagnée dans le boisement présent initialement et à contraindre la pénétration par la conservation des essences de sous-bois et de lisière.

Enfin, un protocole de suivi des populations nicheuses de 9 espèces de passereaux de milieux ouverts et semi-ouverts a été mis en place sur le parc par le CORIF depuis 2002. Cette étude permet de connaître l’impact des travaux, des aménagements et de l’évolution naturelle du couvert végétale sur la population avifaunistique en proposant des mesures de gestion.

 Les projets à venir

Même si le parc est ouvert au public depuis février 2008, son aménagement n’est pas terminé. Des projets à court, moyens et longs termes verront le jour dans les années à venir.

Dans les années à venir, le chemin de hallage dont l’accès est interdit au public pour des raisons de sécurité, sera ouvert après réhabilitation et offrira au public deux entrées supplémentaires. D’autres accès sont envisagés, par la passerelle Eiffel de l’Hôpital Ville-Evrard après travaux, par le pont de Gagny, par la construction d’une passerelle au-dessus de la Marne entre le parc et Noisy-le-Grand. En attendant la passerelle au-dessus de la Marne, un projet de navette fluviale entre les deux rives est à l’étude.
Le parc verra également l’aménagement d’un équipement type Maison du parc qui permettra au public de se renseigner sur le patrimoine du site.
L’archéosite se dotera aussi de deux pôles supplémentaires au pôle mésolithique actuel : les pôles néolithique et gallo-romain.
Enfin, une zone réservée du parc destinée aux fouilles programmées, qui pourraient concerner trois campagnes de fouilles d’une durée de 5 ans, ne connaîtra son aménagement définitif qu’à l’issue de ces recherches.

seine-saint-denis.fr

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