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Histoire et paysages

Le parc Jean-moulin – les Guilands est à la fois l’un des plus petits parcs du Département avec ses 26 hectares, mais également l’un des plus fréquentés avec 1,8 million d’usagers. Cette particularité révèle déjà une histoire atypique qui a fortement marqué l’environnement et l’usage du parc du 18ème siècle jusqu’à aujourd’hui. Cependant, peu de signes, aujourd’hui encore visibles ou connus, peuvent témoigner de l’Histoire du territoire du parc situé à la limite entre les deux communes de Bagnolet et de Montreuil. Ils ont pourtant marqué l’histoire de ce petit parc de la Seine-Saint-Denis.

 Histoire d’un passé insoupçonné

C’est en recherchant dans les différentes archives que l’on peut comprendre la stratification de tout ce qui s’y est passé et qui fait l’identité de ce lieu. Sans remonter très loin dans un riche passé, c’est au XVIIIème siècle que l’on peut commencer à retracer l’histoire du site.

Situé dans la campagne Est de la commune de Paris, qui comptait déjà à l’époque 500 000 habitants, les villes de Bagnolet et de Montreuil ressemblaient à des hameaux. En contrebas du plateau où se situe maintenant le parc, se dressait le Château de Bagnolet, construit en 1700 dont le parc fut redessiné par Claude Desgots, neveu d’André Le Nôtre.

À la Révolution, le domaine fut classé parmi les biens nationaux, puis vendu morcelé en lots pour finir entièrement détruit au XIXe siècle. Le Pavillon de l’Ermitage est le seul bâtiment qui subsiste du château. Il fut construit vers 1720 pour la duchesse d’Orléans. On peut encore le voir aujourd’hui au n°148 de la rue de Bagnolet, à l’angle de la rue des Balkans, qui sont les axes qui marquaient la limite du parc du château.

 Le gypse le et le parc

Après le maraîchage et les cultures légumières et fruitières, le gypse ou sulfate de calcium hydraté, plus communément appelé plâtre, devint l’une des richesses du territoire d’assiette du parc. De par sa topographie marquée, le site a pu être exploité dès le XVIIème siècle pour son gypse affleurant.

L’exploitation industrielle de la carrière fut implantée en 1865. Ce fut l’une des trois plus importantes exploitations du secteur. Trois bancs de gypse ont été exploités tout d’abord à ciel ouvert, puis par galeries à partir du troisième tiers du XIXe siècle. La surface du site est alors de 13 ha. En 1892, une briqueterie équipée de deux malaxeurs et d’une tailleuse de briques est adjointe à la carrière. Elle est alimentée par l’exploitation des couches interstitielles de marne.

Vers 1900, la plâtrière compte quatre moulins à broyer, des fours, une bluterie pour le tamisage. Une voie ferrée métrique relie les galeries à la plâtrière et à la briqueterie. La production journalière est de 60 tonnes de plâtre, de 20 000 briques et de 400 poteries de cheminée. La carrière et la briqueterie occupent alors 250 ouvriers. Le gypse de très bonne qualité servi aux constructions Haussmanniennes de Paris.
En 1921, les grèves qui suivent de nombreux accidents servent de prétexte à la direction pour arrêter l’exploitation. C’est ainsi que disparaît « la briqueterie de Montreuil, fabrique de plâtre pour constructions et engrais », médaille d’or 1889, membre du jury Exposition universelle 1900, briques brevetées SGDG...

 Le Motocross

Le territoire du parc fut, après la guerre, un centre international d’un sport mécanique : le moto-cross. C’est à partir de 1946, que les Buttes à Morel ont accueilli les premiers championnats de moto-cross.

Un circuit de près de deux kilomètres fut « aménagé » dans l’ancienne exploitation de gypse à ciel ouvert. Quelques guichets et baraques démontables de planches et de toiles abritaient les concurrents venus sur leurs motocyclettes de série, celles qu’ils utilisaient pour aller au travail.
Des Terrot, Gnome et Rhone, Motobécane, qui font aujourd’hui figure d’ancêtres s’élançaient pilotées par des jeunes gens, dans une odeur d’huile brûlée, d’essence et de poussière.
Le plus souvent, la poussière était remplacée par une boue visqueuse, collante, qui remplissait les nids de poule et engluait le bas des montées où se regroupaient les spectateurs friands d’émotions fortes.
_ C’est dans cet « enfer » que furent courus les championnats de France de 1950, le cross des Quatre nations de 1951 et de nombreux autres prix.

Dans les années 60, la topographie du site a été une nouvelle fois bouleversée par la construction de l’autoroute A3 dont les déblais ont partiellement remblayé les anciennes carrières devenues « Buttes à Morel ».
Ce tronçon de l’autoroute fut ouvert en 1969. Il faut bien s’imaginer que cette topographie est complètement issue du travail des hommes car la descente du plateau devait originellement se faire beaucoup plus en pente douce comme c’est le cas par l’avenue de la Résistance.

 La réunification de deux parcs

Dans le cadre de sa politique d’amélioration du cadre de vie, le Département de la Seine-Saint-Denis se dote d’un nouvel espace vert à la hauteur de ses ambitions, en réunissant le parc Jean-Moulin et le parc des Guilands pour en faire un lieu de détente et de nature.

C’est certainement la topographie marquée du site actuel du parc Jean-Moulin - Les Guilands qui l’a sauvegardé d’une urbanisation toujours galopante. Les aménageurs ont préféré installer les quartiers des grands ensembles sur les plateaux non construits, délaissant les terrains trop en pente ou trop difficiles à aménager à cause de l’exploitation des matériaux du sous-sol.
Situés entre deux quartiers de grands ensembles, bordant une infrastructure autoroutière aux nuisances sonores importantes, le parc Jean-Moulin a été aménagé pour isoler les quartiers d’habitation du bruit. Déjà ancienne, cette réalisation sur le territoire de la commune de Bagnolet date du début des années 70, c’est une création de l’ex-département de la Seine.

Le parc des Guilands a, quant à lui, été préservé de l’urbanisation par la volonté politique de la Ville de Montreuil-sous-bois, d’acquérir le site pour en faire un parc et ainsi contrer cette colonisation du coteau. Fortement fréquenté par les riverains, il présentait un paysage très différencié entre la partie Nord aménagée dans les années quatre-vingts et le Sud dont une partie était retournée à l’état de friche.

Ouverts à tous vents, les usages dans les deux parcs n’étaient pas tous très heureux. Rétrospectivement, on peut dire qu’il s’agissait plus d’espaces oubliés, plus ou moins en friche, servant de temps à autre de décharge ou de squat, que de deux véritables parcs.

Poursuivant sa politique de création d’espaces verts et souhaitant répondre aux besoins locaux, le Conseil général amorce une nouvelle politique de requalification d’espaces verts avec la création d’un nouveau parc par l’extension du parc Jean-Moulin sur le site des Guilands qui se trouve au sud du parc actuel.
On obtient ainsi un ensemble de 26 hectares plus en rapport avec les besoins des nombreux habitants vivant à proximité.

Mai 2001 est la date choisie pour le début de la phase opérationnelle des travaux de réunification des deux sites. La durée alors prévue est de 24 mois.

 Un parc aux mille visages

C’est l’agence du paysagiste Michel Pena qui remporte le concours pour son projet de réaménagement du parc. Les travaux débutent en 2001, le parc est inauguré lors de la Fête du parc en juin 2007. La fin du réaménagement du parc sera vraiment effective avec l’ouverture de la Maison du parc prévue pour 2012.

L’enjeu principal du projet était de réunir le parc communal des Guilands à Montreuil et le parc départemental Jean-Moulin à Bagnolet.
Imaginée par le paysagiste Michel Pena, la Grande Traverse, grande surface engazonnée de 600 m de long, relie ainsi deux grands balcons sur le paysage parisien : l’un au nord, donne vue sur les tours de la porte de Bagnolet, le Père La chaise, et au loin la tour Eiffel, l’autre au sud découvre le bois de Vincennes, son château et le sud de Paris.

Tout en proposant au public une vaste pelouse pour jouer ou se reposer, bordée de boisements, la Grande Traverse forme aussi la colonne vertébrale du parc en distribuant les principaux équipements du parc : aires de jeux, jardins familiaux et pédagogique, plateau sportif et la future Maison du parc actuellement en construction.
Débutant au pied de la statut de l’artiste Ipoustéguy, la Grande Traverse finit sa course dans la partie la plus naturelle du site où des habitats diversifiés accueillent une faune et une flore en plein développement : étang, mare, friches arbustives, et jeunes boisements très denses. L’amoureux de la nature peut ainsi observer le Faucon crécerelle en chasse au-dessus de la friche, les nombreux insectes attirés par les fleurs des prairies naturelles.

Devenu au fil des années un centre d’attractivité dans un territoire très urbanisé, le parc reçoit près d’un million huit cents milles visiteurs tant ses paysages variés, ses lieux intimistes ou conviviaux, permettent l’évasion de chacun.

Le projet du parc par son concepteur, le paysagiste Michel Pena (extrait de l’ouvrage : Parc départemental ….) (doc PDF à télécharger)

seine-saint-denis.fr

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